OS # 1. La vue d'une vie.

Si vous me posiez la question " De quoi la vie est-elle faite ? ", je vous répondrais simplement " De souffrance. " Car oui, elle fait partie intégrante de la vie. De la mienne, du moins. Chaque jour, lorsque je sors de mon sommeil, je me rappelle alors que je n'étais pas à ses côtés la journée d'avant. " Aux côtés de qui ? ", vous me demanderez alors. Je vous dirai instantanément " De la personne qui m'est destinée. " Cette seule pensée m'angoisse à chaque fois qu'elle traverse mon esprit. Ma vie me glisse entre les doigts ses temps-ci, comme lorsqu'on qu'on passe nos mains sous l'eau et qu'il nous est impossible de la retenir. Je crois que j'ai oublier comment en profiter, comment ressentir que je la vie. Vivre sa vie, voilà qui tient du pléonasme. Pour moi, c'est plutôt paradoxal. Toute notre existence, nous essayons de la mener à bien, comme un combat à gagner contre les vices qui pullulent autour de nous. Au bout de tout, à la fin, que nous appelons " mort " plusieurs de ces pourritures de vices nous ont malencontreusement rattrapés et nous rongent jusqu'au dernier souffle, au dernier cillement d'oeil, à la dernière goutte de sang. Une lutte menée pendant tout ce temps est finalement perdue, nous sommes K.O face à la vie. Vos proches vous dirons de vous relevez, de remontez vos manches et de poursuivre votre combat mais il sera sans doute trop tard. Viendra ensuite la délivrance, la mort, que vous aurez attendu en arrière-pensée devant toutes ses épreuves.

L'amour se mettra évidemment de la partie. On croit tous qu'il est bon, pur et sain. Mais d'un point de vue objectif c'est un traître, un hypocrite et un menteur. Tout le monde a vécu ou vivra un jour ou l'autre une rupture, une peine d'amour, un mal. Certains ignorent l'amour, d'autres le vivent pleinement mais moi je choisis la voix facile, je le cache. Bien que j'en souffre énormément, je garde en tête que cette souffrance n'équivaut pas et n'équivaudra jamais à celle que je risquerais de vivre. Je suis un lâche immonde et je l'avoue totalement. Je préfère assumer ceci que d'accepter mon amour pour la personne en question. C'est un pêché que de mentir et je me mens à moi-même. Mon amour est un pêché en soi encore bien plus grave que l'unique mensonge. Refouler un sentiment, c'est une chose très complexe, certains vous le diront. Avec le temps, la complexité augmente, tout comme l'amour. Car oui, ce que j'éprouve pour cette personne est bien plus qu'une simple amourette, c'est un vieil amour grandissant de jour en jour. Ne serait-ce qu'un furtif regard de sa part et ma gorge s'assèche, mes mains tremblent et mes yeux s'humidifient. Sachant que cet amour est et sera toujours interdit, un sentiment tout autre, la tristesse, m'envahit également chaque fois que je le vois. Je me referme alors sur moi-même, évitant de parler à quiconque aurait remarqué mon changement.

Un changement profond pour se forger une carapace d'acier contre les coups puissants infligés par la vie. Éviter de s'attacher aux personnes qui nous entourent, connaître les gens uniquement en surface et se confier à soi-même sont là des techniques que j'ai adoptées depuis bien longtemps déjà. En évitant les blessures, on évite aussi la longue guérison qui leur est reliée. En analysant le comportement innocent des gens de mon entourage, j'ai pu constater que la plupart court tout droit se jeter dans la gueule du loup. La minorité, plus prudents, sont hésitants mais finissent toujours piégés. J'ai trouvé la faille, chaque fois, elle est la même. L'amour. Il rend aveugle, et c'est bien vrai. Il enlève aussi le raisonnement de la personne qui aura eu la naïveté de le laisser atteindre son coeur.

Aujourd'hui, je commettrai cette faute. Je me donne la permission de prendre conscience de cet amour. Non, je ne le fais pas par inadvertance, cela trotte mes pensées depuis plusieurs mois déjà. Je me donne l'occasion de vivre pleinement, de souffrir s'il le faut et de m'ouvrir au grand jour. J'aime une personne du même sexe, du même sang, des mêmes parents que moi. Mon jumeau, je t'aime et j'en souffre déjà.

OS # 1. La vue d'une vie.

# Posté le dimanche 21 septembre 2008 00:42

Modifié le lundi 22 septembre 2008 17:32

OS. #2 Aveu.

[ Tom. ]

Je me tortille sur ma chaise. Le cours tire à sa fin mais pourtant, je n'ai aucunement envie d'entre la cloche terminale sonner. Les secondes passent, je n'ai pas encore amassé assez de courage. Je m'étais promis de le faire, ce cours-ci. Je joue avec mes doigts, mes pouces, les entremêlent. Mes mains sont moites, assez humides. Je me sens trembler de tout mon être, pourtant la classe est d'une chaleur confortable. C'est la nervosité et l'appréhension qui causent ses spasmes exagérés. Je me sens blêmir en même temps que l'aiguille fatidique avance. J'empile mes livres et je me prépare mentalement en me répétant mon discours une fois de plus. J'ai l'impression que même si je me pratique des millénaires, jamais je ne pourrai me fier à cela. Se prendre un râteau n'est jamais agréable, sourtout par quelqu'un de plus haut placé que nous. J'avance mes doigts meurtris à ma bouche pour les ronger une fois de plus. Avant que je les goûte, la sonnerie retentit. Mon estomac fait un tour, puis se contracte violemment. Je me lève, le coeur battant à la gorge. J'avance vers son bureau, tout au bout de la classe. Mes jambes sont flageollantes et mes genoux semblent fléchir sous moi à chaque pas. Je le vois qui relève la tête en me voyant approcher. Je déglutis difficilement et ma respiration se fait de plus en plus haletante. Je suis à présent devant lui, ses grands yeux noisette sont posés sur moi. J'ai un blanc de mémoire, comme si toute ma préparation se serait enfuie à toutes jambes devant mon malaise très apparent. J'ai aussi une accumulation de salive et j'avale constamment pour la dissiper. Il pose son crayon et pivote sur sa chaise pour me faire complètement face, me regardant la tête élevée, étant donner ma position plus haute. Je persiste dans mon mutisme, me rendant peu à peu conte de ce que je suis sur le point de faire et du ridicule de cette situation peu particulière.

- Oui, Tom ? finit-il par me demander, me fixant intensément.

Je baisse les yeux, puis toussote en dernier effort pour retrouver mes mots. Dans ma tête, je réussis à aligner quelques syllabes, assez pour former une phrase concrète et avec un peu de bon sens. Pourtant, elle reste obstinément coincée dans ma gorge, refusant de passer la barrière de ma bouche. Les secondes s'écoulent et je commence à sentir un peu de désintérêt, il détourne les yeux et semble prêt s'abandonner de nouveau à la correction, n'attendant que le moment propice. Cela a pour tout effet d'augmenter mon malaise encore plus, j'ignorais jusque là que c'était possible. Je soupire, prends mon souffle, et m'apprête enfin à parler. Ses yeux se concentrent de nouveau sur moi et je crois que j'ai réussis à capter son attention.

- À vrai dire, ce que je veux dire n'a aucun rapport avec l'école, j'articule timidement, me butant sur chaque consomne.

- Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-il, une pointe d'inquiètude perçant sa voix.

- C'est plûtot une question, dis-je d'une voix suraigüe, en m'essuyant le front, étrangement suintant.

- Je tâcherai d'y répondre, m'assure-t-il en ponctuant sa réplique d'une esquisse de sourire.

Il ne sait visiblement pas s'il doit adopter une attitude heureuse, compréhensive ou peinée. Il se contente donc de faire un peu tout et de garder son sérieux. Mes livres me semblent peser une tonne et c'est comme si une chape de plomb fait poids sur mes épaules frêles.

- Je me demandais si ... je chuchote en bégayant.

J'hésite. Mes convictions ont toutes fondues, l'une après l'autre. Il me fixe si profondément que j'ai l'impression qu'il lit dans mon esprit comme dans un livre ouvert. Creuser un trou et m'y cacher pour les cinq prochaines années me semble la solution la plus logique.

- Si ? ajoute-t-il en essayant de me faire poursuivre mon monologue.

- Si vous, bien enfin tu ... tu voudrais bien...

Je me sens dans l'incapacité de poursuivre, même si jusque là, il a démontré une attention dévouée et qu'il continu à me sourire avec bienveillance. Ses yeux m'encouragent à continuer et je décide de me lancer.

- Si tu voudrais bien sortir avec moi, dis-je soucieux de sa réaction.

Il ferme lentement les yeux qui ,jusque là, m'avait approuvé totalement. Il les ferme longuement et secoue doucement la tête de gauche à droite. Ça ne me dit rien qui vaille, je me sens faible, honteusement faible. Il inspire, emplie ses poumons d'air, à en avoir un trop-plein. Puis, il la relâche très lentement, profitant de ce cours laps de temps pour former une réponse convenable. Je serre les dents et me livres contre moi. Mes yeux s'emplissent d'eau salée et je me mords la lèvre pour la retenir où elle est. Je goûte bientôt une substance que je connais hélas trop bien, mon sang. Mélangé à mon surplus de salive, son goût devient irrégulier, pâteux. Cela m'arrache une grimace, qui n'a pas du se ramarquer sur mon visage déjà crispé d'appréhension. Il ouvre enfin ses magnifiques yeux, mouillés eux aussi. Je décèle un sanglot habilement camouflé dans ses épaules. Il s'essuie les larmes puis se lève, pour être à ma hauteur. Il m'enlève mes livres, les dépose sans ménagement sur mon bureau et prend mes mains libérées entre les siennes. Il les serre contre son coeur. Je le sens battre, d'un rythme régulier, chaleureux qui provoque chez moi un frisson jamais ressentit auparavant.

- Tu le sens? me demande-t-il, avec un regard transperçant.

Je n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive. Il me scrute l'inconscient de son regard pétillant. Je détourne le regard, franchement intimidé. Il fait un pas en ma direction, toujours en gardant mes mains contre lui. Je sens son regard insister sur moi.

- Je le sens très bien, je lui réponds en replongeant mes yeux dans les siens.

J'essaie comme toujours de deviner la suite logique des évènements, de prédire ses paroles, ses moindres faits et gestes mais je n'y arrive tout simplement pas. Il passe longuement une des ses mains dans mes cheveux, semblant profiter de la douceur procurée entre ses doigts.

- Il bat pour une seule personne, toi.

Cet aveu me pénètre, provoquant une décharge de joie. Je souris de toutes mes dents et lui de même. Mes larmes trop longtemps retenues s'échappent enfin. Il enroule ses bras autour de moi et m'étreint avec force. Nous pleurons dans les bras l'un de l'autre. Ce sera toujours interdit.

OS. #2  Aveu.

# Posté le vendredi 10 octobre 2008 20:26

Modifié le vendredi 10 octobre 2008 20:36