[ Tom. ]
Je me tortille sur ma chaise. Le cours tire à sa fin mais pourtant, je n'ai aucunement envie d'entre la cloche terminale sonner. Les secondes passent, je n'ai pas encore amassé assez de courage. Je m'étais promis de le faire, ce cours-ci. Je joue avec mes doigts, mes pouces, les entremêlent. Mes mains sont moites, assez humides. Je me sens trembler de tout mon être, pourtant la classe est d'une chaleur confortable. C'est la nervosité et l'appréhension qui causent ses spasmes exagérés. Je me sens blêmir en même temps que l'aiguille fatidique avance. J'empile mes livres et je me prépare mentalement en me répétant mon discours une fois de plus. J'ai l'impression que même si je me pratique des millénaires, jamais je ne pourrai me fier à cela. Se prendre un râteau n'est jamais agréable, sourtout par quelqu'un de plus haut placé que nous. J'avance mes doigts meurtris à ma bouche pour les ronger une fois de plus. Avant que je les goûte, la sonnerie retentit. Mon estomac fait un tour, puis se contracte violemment. Je me lève, le coeur battant à la gorge. J'avance vers son bureau, tout au bout de la classe. Mes jambes sont flageollantes et mes genoux semblent fléchir sous moi à chaque pas. Je le vois qui relève la tête en me voyant approcher. Je déglutis difficilement et ma respiration se fait de plus en plus haletante. Je suis à présent devant lui, ses grands yeux noisette sont posés sur moi. J'ai un blanc de mémoire, comme si toute ma préparation se serait enfuie à toutes jambes devant mon malaise très apparent. J'ai aussi une accumulation de salive et j'avale constamment pour la dissiper. Il pose son crayon et pivote sur sa chaise pour me faire complètement face, me regardant la tête élevée, étant donner ma position plus haute. Je persiste dans mon mutisme, me rendant peu à peu conte de ce que je suis sur le point de faire et du ridicule de cette situation peu particulière.
- Oui, Tom ? finit-il par me demander, me fixant intensément.
Je baisse les yeux, puis toussote en dernier effort pour retrouver mes mots. Dans ma tête, je réussis à aligner quelques syllabes, assez pour former une phrase concrète et avec un peu de bon sens. Pourtant, elle reste obstinément coincée dans ma gorge, refusant de passer la barrière de ma bouche. Les secondes s'écoulent et je commence à sentir un peu de désintérêt, il détourne les yeux et semble prêt s'abandonner de nouveau à la correction, n'attendant que le moment propice. Cela a pour tout effet d'augmenter mon malaise encore plus, j'ignorais jusque là que c'était possible. Je soupire, prends mon souffle, et m'apprête enfin à parler. Ses yeux se concentrent de nouveau sur moi et je crois que j'ai réussis à capter son attention.
- À vrai dire, ce que je veux dire n'a aucun rapport avec l'école, j'articule timidement, me butant sur chaque consomne.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-il, une pointe d'inquiètude perçant sa voix.
- C'est plûtot une question, dis-je d'une voix suraigüe, en m'essuyant le front, étrangement suintant.
- Je tâcherai d'y répondre, m'assure-t-il en ponctuant sa réplique d'une esquisse de sourire.
Il ne sait visiblement pas s'il doit adopter une attitude heureuse, compréhensive ou peinée. Il se contente donc de faire un peu tout et de garder son sérieux. Mes livres me semblent peser une tonne et c'est comme si une chape de plomb fait poids sur mes épaules frêles.
- Je me demandais si ... je chuchote en bégayant.
J'hésite. Mes convictions ont toutes fondues, l'une après l'autre. Il me fixe si profondément que j'ai l'impression qu'il lit dans mon esprit comme dans un livre ouvert. Creuser un trou et m'y cacher pour les cinq prochaines années me semble la solution la plus logique.
- Si ? ajoute-t-il en essayant de me faire poursuivre mon monologue.
- Si vous, bien enfin tu ... tu voudrais bien...
Je me sens dans l'incapacité de poursuivre, même si jusque là, il a démontré une attention dévouée et qu'il continu à me sourire avec bienveillance. Ses yeux m'encouragent à continuer et je décide de me lancer.
- Si tu voudrais bien sortir avec moi, dis-je soucieux de sa réaction.
Il ferme lentement les yeux qui ,jusque là, m'avait approuvé totalement. Il les ferme longuement et secoue doucement la tête de gauche à droite. Ça ne me dit rien qui vaille, je me sens faible, honteusement faible. Il inspire, emplie ses poumons d'air, à en avoir un trop-plein. Puis, il la relâche très lentement, profitant de ce cours laps de temps pour former une réponse convenable. Je serre les dents et me livres contre moi. Mes yeux s'emplissent d'eau salée et je me mords la lèvre pour la retenir où elle est. Je goûte bientôt une substance que je connais hélas trop bien, mon sang. Mélangé à mon surplus de salive, son goût devient irrégulier, pâteux. Cela m'arrache une grimace, qui n'a pas du se ramarquer sur mon visage déjà crispé d'appréhension. Il ouvre enfin ses magnifiques yeux, mouillés eux aussi. Je décèle un sanglot habilement camouflé dans ses épaules. Il s'essuie les larmes puis se lève, pour être à ma hauteur. Il m'enlève mes livres, les dépose sans ménagement sur mon bureau et prend mes mains libérées entre les siennes. Il les serre contre son coeur. Je le sens battre, d'un rythme régulier, chaleureux qui provoque chez moi un frisson jamais ressentit auparavant.
- Tu le sens? me demande-t-il, avec un regard transperçant.
Je n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive. Il me scrute l'inconscient de son regard pétillant. Je détourne le regard, franchement intimidé. Il fait un pas en ma direction, toujours en gardant mes mains contre lui. Je sens son regard insister sur moi.
- Je le sens très bien, je lui réponds en replongeant mes yeux dans les siens.
J'essaie comme toujours de deviner la suite logique des évènements, de prédire ses paroles, ses moindres faits et gestes mais je n'y arrive tout simplement pas. Il passe longuement une des ses mains dans mes cheveux, semblant profiter de la douceur procurée entre ses doigts.
- Il bat pour une seule personne, toi.
Cet aveu me pénètre, provoquant une décharge de joie. Je souris de toutes mes dents et lui de même. Mes larmes trop longtemps retenues s'échappent enfin. Il enroule ses bras autour de moi et m'étreint avec force. Nous pleurons dans les bras l'un de l'autre. Ce sera toujours interdit.
Je me tortille sur ma chaise. Le cours tire à sa fin mais pourtant, je n'ai aucunement envie d'entre la cloche terminale sonner. Les secondes passent, je n'ai pas encore amassé assez de courage. Je m'étais promis de le faire, ce cours-ci. Je joue avec mes doigts, mes pouces, les entremêlent. Mes mains sont moites, assez humides. Je me sens trembler de tout mon être, pourtant la classe est d'une chaleur confortable. C'est la nervosité et l'appréhension qui causent ses spasmes exagérés. Je me sens blêmir en même temps que l'aiguille fatidique avance. J'empile mes livres et je me prépare mentalement en me répétant mon discours une fois de plus. J'ai l'impression que même si je me pratique des millénaires, jamais je ne pourrai me fier à cela. Se prendre un râteau n'est jamais agréable, sourtout par quelqu'un de plus haut placé que nous. J'avance mes doigts meurtris à ma bouche pour les ronger une fois de plus. Avant que je les goûte, la sonnerie retentit. Mon estomac fait un tour, puis se contracte violemment. Je me lève, le coeur battant à la gorge. J'avance vers son bureau, tout au bout de la classe. Mes jambes sont flageollantes et mes genoux semblent fléchir sous moi à chaque pas. Je le vois qui relève la tête en me voyant approcher. Je déglutis difficilement et ma respiration se fait de plus en plus haletante. Je suis à présent devant lui, ses grands yeux noisette sont posés sur moi. J'ai un blanc de mémoire, comme si toute ma préparation se serait enfuie à toutes jambes devant mon malaise très apparent. J'ai aussi une accumulation de salive et j'avale constamment pour la dissiper. Il pose son crayon et pivote sur sa chaise pour me faire complètement face, me regardant la tête élevée, étant donner ma position plus haute. Je persiste dans mon mutisme, me rendant peu à peu conte de ce que je suis sur le point de faire et du ridicule de cette situation peu particulière.
- Oui, Tom ? finit-il par me demander, me fixant intensément.
Je baisse les yeux, puis toussote en dernier effort pour retrouver mes mots. Dans ma tête, je réussis à aligner quelques syllabes, assez pour former une phrase concrète et avec un peu de bon sens. Pourtant, elle reste obstinément coincée dans ma gorge, refusant de passer la barrière de ma bouche. Les secondes s'écoulent et je commence à sentir un peu de désintérêt, il détourne les yeux et semble prêt s'abandonner de nouveau à la correction, n'attendant que le moment propice. Cela a pour tout effet d'augmenter mon malaise encore plus, j'ignorais jusque là que c'était possible. Je soupire, prends mon souffle, et m'apprête enfin à parler. Ses yeux se concentrent de nouveau sur moi et je crois que j'ai réussis à capter son attention.
- À vrai dire, ce que je veux dire n'a aucun rapport avec l'école, j'articule timidement, me butant sur chaque consomne.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-il, une pointe d'inquiètude perçant sa voix.
- C'est plûtot une question, dis-je d'une voix suraigüe, en m'essuyant le front, étrangement suintant.
- Je tâcherai d'y répondre, m'assure-t-il en ponctuant sa réplique d'une esquisse de sourire.
Il ne sait visiblement pas s'il doit adopter une attitude heureuse, compréhensive ou peinée. Il se contente donc de faire un peu tout et de garder son sérieux. Mes livres me semblent peser une tonne et c'est comme si une chape de plomb fait poids sur mes épaules frêles.
- Je me demandais si ... je chuchote en bégayant.
J'hésite. Mes convictions ont toutes fondues, l'une après l'autre. Il me fixe si profondément que j'ai l'impression qu'il lit dans mon esprit comme dans un livre ouvert. Creuser un trou et m'y cacher pour les cinq prochaines années me semble la solution la plus logique.
- Si ? ajoute-t-il en essayant de me faire poursuivre mon monologue.
- Si vous, bien enfin tu ... tu voudrais bien...
Je me sens dans l'incapacité de poursuivre, même si jusque là, il a démontré une attention dévouée et qu'il continu à me sourire avec bienveillance. Ses yeux m'encouragent à continuer et je décide de me lancer.
- Si tu voudrais bien sortir avec moi, dis-je soucieux de sa réaction.
Il ferme lentement les yeux qui ,jusque là, m'avait approuvé totalement. Il les ferme longuement et secoue doucement la tête de gauche à droite. Ça ne me dit rien qui vaille, je me sens faible, honteusement faible. Il inspire, emplie ses poumons d'air, à en avoir un trop-plein. Puis, il la relâche très lentement, profitant de ce cours laps de temps pour former une réponse convenable. Je serre les dents et me livres contre moi. Mes yeux s'emplissent d'eau salée et je me mords la lèvre pour la retenir où elle est. Je goûte bientôt une substance que je connais hélas trop bien, mon sang. Mélangé à mon surplus de salive, son goût devient irrégulier, pâteux. Cela m'arrache une grimace, qui n'a pas du se ramarquer sur mon visage déjà crispé d'appréhension. Il ouvre enfin ses magnifiques yeux, mouillés eux aussi. Je décèle un sanglot habilement camouflé dans ses épaules. Il s'essuie les larmes puis se lève, pour être à ma hauteur. Il m'enlève mes livres, les dépose sans ménagement sur mon bureau et prend mes mains libérées entre les siennes. Il les serre contre son coeur. Je le sens battre, d'un rythme régulier, chaleureux qui provoque chez moi un frisson jamais ressentit auparavant.
- Tu le sens? me demande-t-il, avec un regard transperçant.
Je n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive. Il me scrute l'inconscient de son regard pétillant. Je détourne le regard, franchement intimidé. Il fait un pas en ma direction, toujours en gardant mes mains contre lui. Je sens son regard insister sur moi.
- Je le sens très bien, je lui réponds en replongeant mes yeux dans les siens.
J'essaie comme toujours de deviner la suite logique des évènements, de prédire ses paroles, ses moindres faits et gestes mais je n'y arrive tout simplement pas. Il passe longuement une des ses mains dans mes cheveux, semblant profiter de la douceur procurée entre ses doigts.
- Il bat pour une seule personne, toi.
Cet aveu me pénètre, provoquant une décharge de joie. Je souris de toutes mes dents et lui de même. Mes larmes trop longtemps retenues s'échappent enfin. Il enroule ses bras autour de moi et m'étreint avec force. Nous pleurons dans les bras l'un de l'autre. Ce sera toujours interdit.